Dans un entretien accordé aux Echos [24 juillet 2007], Habib Ouane, le directeur de la division Afrique et PMA (Pays les Moins Avancés) de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) a commenté le dernier rapport annuel de son institution sur le sort fait par l’Occident aux PMA. C’est pour ainsi dire un désastre programmé.. Morceaux choisis. Les PMA ont un retard fatal en innovation, technologie et apprentissage ? On ne s’en étonnera pas puisque l’aide publique au développement des PPA (Pays les Plus Avancés) n’accorde qu’une attention distraite à l’éducation des élites dans le Tiers-monde, cela ne pèse que 3,6% dans l’enveloppe globale. Un peu paradoxal lorsqu’on sait qu’un des Très Grands Objectifs du Millénaire donne la priorité à l’enseignement. L’aide privée ? Idem, elle va, en Afrique, pour l’essentiel à l’extraction de minerais et hydrocarbures, donc pillage des ressources naturelles comme dans le bon vieux temps. Les belles et grandes architectures du commerce mondialisé ? Habib Ouane a cette parole désabusée : si les PMA ne disposent pas de capacités de production industrielles et agricoles, "cela ne sert à rien de leur donner des préférences commerciales." Les belles et grandes priorités médiatiques ? Habib Ouane ricane : "On parle beaucoup de fracture numérique. La première des fractures est énergétique. Sans électricité, vous n’avez pas d’industrie. C’est la b.a. ba." La révolution russe avait déjà compris cela : un peuple qui veut s’émanciper ne peut pas vivre dans le noir. Le premier des obscurantismes, c’est l’absence d’une ampoule qui permet de lire et d’étudier en soirée, après le travail. Ajouter à cela, coup de grâce, la fuite des cerveaux (20% du personnel qualifié des PMA vivent dans les PPA), que les politiques "d’immigration choisie" (Sarkozy, "green card" européenne) ne feront qu’exacerber. Des solutions simples, pourtant, existent. Par exemple, suggère Habib Ouane, en faisant appel à "des experts africains pour l’assistance technique sur le continent plutôt que de prendre des Occidentaux." Là, naturellement, Habib Ouane croit au Père Noël car ce serait remettre en question la colonne vertébrale des rapports nord-sud. Le Sud peut demander plein de choses et en recevoir quelques-unes, c’est un grand enfant, mais le contrôle doit rester au Nord.