La grande messe annuelle de l’élite du Big Business global à Davos (station de ski à deux heures d’hélicoptère de Genève) s’est fait un nom dans notre paysage mental. La presse en parle. Quelque 2.400 PDG, cette fois, avec la cohorte habituelle de courtisans et obligés, Lipsky (FMI), Wolfowitz (Banque mondiale), Lamy (OMC) et même Leipold (Greenpeace). Beaucoup de tam-tam et de phrases creuses, certes, mais sans doute n’y accorde-t-on pas assez d’attention, du côté de l’anti-establishment (spécialité : le contre-tam-tam). Outre un déblocage de Doha et de Kyoto auquel peu croient, les cartons du Davos 2007 invitent ainsi à "Façonner l’agenda mondial", ce qui est à la fois grandiose et risible : tout sauf un signal fort. Cela peut s’expliquer en partie par un spleen apparu lors de l’édition précédente, lorsque des forts en thème [Financial Times, 31 janvier 2006] soulignèrent que "le rêve du village global est enterré" et que les multinationales "traditionnelles" n’arrivent plus à s’adapter aux coups de barre du bateau ivre de la mondialisation. Avoir pour ambition de façonner cela, voilà qui prête à sourire. Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos, l’a mis en exergue : le pouvoir de la jet set des affaires est "émietté" et les leviers de commande de la planète "existent de moins en moins"[Les Echos, 24 janvier 2007]. Ajouter à ces maux de tête la remise en question, croissante et radicale, y compris à Wall Street, des vertus du libre-échange, perçu comme destructeur d’emplois et partout source de croissance... des inégalités. C’était le message, à Davos, du professeur d’économie à Berkely, Laura Tyson : "la montée des inégalités causée par la mondialisation fait qu’on assiste à un retour de manivelle contre le commerce, voire, chez les politiciens, à une volonté d’accepter une plus faible croissance en échange d’une protection des emplois" [Financial Times, 25 janvier 2007]. Le message sera – significatif – plutôt bien reçu. Sauf chez un représentant indien du ministère au Plan : "Vous répétez depuis vingt ans que nous ne devons pas craindre la mondialisation et les inégalités qui en découlent, et maintenant vous mettez en péril le commerce à cause de ces mêmes inégalités." De deux choses, l’une. Ou bien, il n’a rien compris. Ou bien, il a tout compris.