Le Fonds monétaire international (Washington) estime que les travailleurs de la zone euro doivent rallonger leur journée de travail. Le Financial Times qui rapporte l’information (4 août 2004) précise que, selon le FMI, c’est à la Commission européenne - sans doute parce que travailleurs et citoyens n’ont sur elle aucune prise - qu’il revient de concrétiser ce rallongement. C’est un discours qui ne manque pas d’être trompeur. Lorsque Siemens a obtenu, sous la menace d’une délocalisation en Hongrie, de faire travailler ses ouvriers (usines de Bocholt et de Kamp-Lintfort) 40 heures par semaine au lieu de 35, à salaire inchangé, un économiste allemand a commenté la nouvelle en disant que " C’est un moyen élégant de faire baisser le coût du travail en Allemagne " [Le Figaro, 2 juillet 2004]. En effet. Pour les ouvriers de Siemens, c’est une perte salariale sèche de 12,5%, et depuis ce mouvement de pression à la baisse sur les salaires ne fait que s’amplifier. Pour mémoire, le coût horaire brut du travail est de 19,9 euros dans l’Europe des 15, de 17,61 euros dans l’Europe des 25 et... de 5,3 euros en Pologne, un des dix nouveaux Etats membres [Le Figaro, op.cit.]. Dans l’affaire Siemens, il a été dit que l’opération fera gagner 5 euros par téléphone produit dans ces deux usines [International Herald Tribune, 25 juin 2004], mais on cherchera en vain, dans les pages économiques de la presse, quels en seront les bénéficiaires - ces pages, il est vrai, s’adressent exclusivement aux employeurs, jamais les travailleurs. Là, cependant, n’est pas le fin mot de l’histoire, qu’on doit au chancelier social-démocrate Gerhard Schröder. Evoquant les réductions salariales de Siemens et de Daimler-Chrysler, il a dit que " Il ne sert à rien d’être idéologique à ce sujet. Nous ne devons pas avoir de fixation sur le nombre d’heures travaillées. Ce dont nous avons besoin, c’est un certain degré de flexibilité. " [Guardian Weekly, 23 juillet 2004]. Comme le disait notre économiste, c’est, chez Schröder ou le FMI, une manière " élégante " de présenter les choses...