L’avis des analystes économiques tient en une phrase : Carrefour se conduit comme un crétin. Voilà en effet une multinationale? de la grande distribution qui s’est hissée au deuxième rang mondial (juste après Wal-Mart) grâce à une politique d’expansion tous azimuts qui décide tout à trac de se "dé-mondialiser" et, après avoir fait marche arrière en Russie (été 2009), revendre 61 supermarchés en Thaïlande, en Malaisie et aux Philippines – et ce dans une région (émergente !) où les chiffres de vente de la grande distribution affiche une croissance de 15% l’an. C’est à ne rien y comprendre. D’autant que, en Europe, d’où Carrefour extrait toujours près de 80% de son chiffre d’affaires, le marché est décrit comme "mature au point d’être moribond"… Voilà qui interpelle à double titre. Primo parce que le diagnostic "moribond" rappelle qu’il ne suffit pas à une activité économique d’être profitable (Carrefour ne fonctionne pas à perte en Europe) : elle doit être chaque année plus profitable que l’année précédente, et de préférence beaucoup plus. Un certain modèle fonctionne ainsi et il est – mettons – "dominant". Et puis, secundo, parce que ce modèle du "toujours plus profitable" qui conduit aujourd’hui Carrefour à effectuer cette volte-face n’a bien sûr rien à voir avec une quelconque "rationalité économique". Ainsi que signalent ces mêmes analystes, la vente des supermarchés asiatiques (Carrefour espère en retirer entre 800 millions et un milliard d’euros) paraît surtout s’expliquer par les pressions de quelques "investisseurs activistes". Chez Carrefour, il y en a deux, le fonds? spéculatif américain Colony Capital et le richissime Bernard Arnault (groupe LVMH), qui possèdent ensemble 13,5% du capital? : le retour sur investissement qu’apportera l’opération de vente compensera largement l’erreur stratégique majeure que d’autres y décèlent.


Sources : Financial Times des 6 et 8 septembre 2010.