On sait que, expression en 1964 d’un monde plus juste, la Conférence des Nations unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) a été au fil des années émasculée par les pays industrialisés, au profit notamment de la libre-échangiste et néolibérale l’Organisation mondiale du commerce (qui en a usurpé le rôle premier), pour n’être aujourd’hui, à peu de choses près, plus qu’un bureau d’études [voir l’analyse limpide de nos amis de Swissaid ailleurs sur ce site]. Mais, même cela, apparemment, dérange. Dans ses rapports annuels, la CNUCED dresse la liste, nominative, des plus importantes sociétés transnationales, les seigneurs dont l’humanité souffrante est le serf. Peut-être était-ce trop d’outrecuidance. Toujours est-il, nous informe Third World Network (Malaisie) dans son dernier bulletin [Third World Economics, n° 324, 1-15 mars 2004], que d’étonnantes menaces pèsent sur l’article 46 par lequel la CNUCED se propose, à l’entame de sa onzième session à Sao Paolo au mois de juin, de définir ses travaux en matière de stratégies de développement dans une économie mondiale globalisée. Qu’on en juge. Le projet d’article 46 énonce qu’« Il convient de renforcer le rôle de producteur indépendant d’analyses de, et de conseil à, la décision politique. Son travail sur les stratégies de mondialisation et de développement aura pour maîtres mots l’interdépendance et la cohérence ». Ce qui ne plait pas à l’Union européenne, qui voudrait voir supprimés les mots « indépendant » et « renforcer », ni aux Etats-Unis qui voudraient effacer le bout de phrase « conseil à la décision politique », ni au Canada qui voudrait un ajout : la CNUCED devrait travailler « en collaboration avec les organisations de Bretton Woods » (lire : le FMI, la Banque mondiale, l’OMC...) Les seigneurs n’aiment rien qui ne les flatte pas.