Peu de pays ont, comme la Grande Bretagne, porté le courrier des lecteurs à un aussi haut niveau de culture et d’érudition. Exemple que cette missive envoyée de Melbourne par Alan McNeil [Guardian Weekly, 12 février 2004], qui ne manquera pas d’intéresser quiconque rêve parfois à un monde meilleur. A supposer, écrit-il, une distribution des richesses telle que toutes les nations en recevraient une part égale, correspondant au PIB mondial moyen par habitant, soit 5.080 dollars, quel est le pays qui aura le moins de difficultés à s’adapter à la nouvelle donne ? Réponse : la Hongrie, avec 5.280 dollars. Mieux, poursuit notre détective australien : si, à ce raisonnement, on applique le coefficient de Gini, qui mesure le degré d’égalité dans la distribution des revenus à l’intérieur d’un pays, c’est à nouveau la Hongrie qui sort championne du chapeau. Voilà, cependant, conclut-il avec une pointe de tristesse, une chose que l’adhésion à l’Union européenne " mettra sans doute en péril ". Il ne croit pas si bien dire. Le même jour en effet, on apprend [Financial Times, 12 février 2004] que le ministre des Finances hongrois, poussé dans le dos par l’OCDE et le FMI, projette de privatiser les hôpitaux, les écoles, les administrations et - pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? - tout le secteur public (820.000 travailleurs, un cinquième de l’emploi). Toutes ces " institutions fonctionnent exactement de la même manière qu’il y a 15, 20, 30 ans ", dit-il pour justifier... Quoi, au juste : la mort programmée du modèle hongrois ?