La multinationale américaine Levi’s Strauss annonce le lancement en novembre 2006 d’un nouveau jeans "100% équitable". Fabriqué à base de coton organique, de noix de coco ou encore d’amidon de pomme de terre, il sera vendu aux classes aisées d’Europe pour la modique somme de 120 euros (plus de deux fois son prix ordinaire). Rappelons que, entre 1998 et 1999, Levi’s Strauss a simultanément fermé ses trois usines belges (Gits, Wervick et Deurne) et celle de La Barrée (Nord de la France), pour ensuite les fermer toutes aux Etats-Unis. En Belgique, ce sont ainsi quelque 2.600 ouvrières, souvent peu qualifiées, qui se retrouveront à la rue, le plan de réinsertion se limitant, pour l’entreprise, à la mise en place d’une "antenne emploi"… qui ne fonctionnera que quelques mois et dont l’efficacité reste à démontrer (entre 30 et 60% seulement des ouvrières auraient retrouvé un emploi aujourd’hui). Levi’s a invoqué des difficultés économiques... tout en créant des filiales en Amérique latine et en sous-traitant massivement sa production vers des pays à bas salaires (Indonésie et Philippines, entre autres). De là à penser que la misère des ouvrières du Nord ferait le bonheur de celles du Sud, il y a un pas qu’on ne franchira pas : les ouvrières des ateliers de sous-traitance gagnent juste de quoi survivre en abattant des horaires esclavagistes, une situation que la Campagne Vêtements Propres a dénoncé en 2005 dans le cas du Grupo M, un sous-traitant de Levi’s en Haïti, réputé pour son non respect des libertés syndicales. Le système économique actuel obéit à cette équation : travailleurs sans emplois au Nord + travailleurs sans droits et sous-payés au Sud égale croissance exponentielle des bénéfices.

Source : La Tribune, 6 octobre 2006, Le Monde diplomatique d’octobre 2001 (Emmanuel Defouloy, Les ouvrières sacrifiées de Levi’s Strauss) et archives Gresea.