L’Organisation internationale du Travail? (OIT?) promeut, depuis 1998, la notion "d’emploi décent". On dirait plutôt, en bon français, un emploi correct, conforme au droit du travail et aux acquis fondamentaux des revendications ouvrières. C’est un sujet où, en général, on s’inquiète de l’indécence des conditions de travail qui prévalent dans le tiers-monde – sans s’apercevoir que l’emploi se tiers-mondise en réalité dans le monde entier. Voir par exemple la débâcle du secteur automobile américain qui frappe les anciens champions de Detroit. General Motors va se débarrasser de quelque 30.000 travailleurs par départ volontaire, 9.000 des 31.000 ouvriers syndiqués de son ex-filiale "pièces détachées" Delphi vont suivre le même chemin et le numéro deux, Ford, a annoncé le départ de 10.000 travailleurs, soit au total près de 50.000 ouvriers qualifiés rayés d’un trait de plume. L’opération de nettoyage par le vide chez General Motors (un quart des ouvriers supprimés aux Etats-Unis) a été qualifiée de "réellement historique" – mais pas uniquement en raison de son ampleur. Comme l’indique Gary Chaison, professeur en relations industrielles à la Clark University (Massachusetts), l’opération est surtout historique parce qu’elle marque – ouvrez les guillemets – "la fin des bons emplois", bien payés et correctement protégés, et notamment par l’affaiblissement du syndicat de l’automobile United Auto Workers (UAW), dont les effectifs (557.000) ont fondu au tiers du niveau atteint dans les années septante. La débâcle parallèle de l’UAW, auparavant considéré comme "l’aristocratie du mouvement ouvrier", lui rendra la tâche de faire valoir sa conception de l’emploi correct et décent d’autant plus difficile – conception qui servira dès lors encore moins d’étalon pour les travailleurs du monde entier. Ce sont eux qui en seront demain les victimes.
Toute détérioration du rapport des forces frappant les travailleurs quelque part rejaillit sur l’ensemble des travailleurs partout.

Sources : Financial Times, 26 juin 2006.