A la veille du Nouvel An, le 30 décembre 2010, les postiers de Marseille en étaient à leur 84e jour de grève. Motif : la dégradation de l’emploi et des conditions de travail

A la veille du Nouvel An, le 30 décembre 2010, les postiers de Marseille en étaient à leur 84e jour de grève. Motif : la dégradation de l’emploi et des conditions de travail. En 2010, 90% des embauches ont été des intérimaires ou des contrats précaires, et ce, d’évidence, dans un but de rentabilité accrue : La Poste française s’est fixé un objectif de doublement de la marge opérationnelle entre 2009 et 2015.
Belgique, même topo. En septembre 2009, la direction a passé en force un système de facteurs à temps partiel : salaire horaire brut de 8,41 euros sur la base de 3h47 par jour : un petit calcul indique que cela invite à vivre avec moins de 700 euros (brut) par mois – histoire sans doute de rétribuer correctement l’actionnaire : en 2009, les dividendes se sont élevés à 172 millions d’euros, moitié pour l’Etat et moitié pour le fonds spéculatif CVC Capital Partners. Marge bénéficiaire : 28%. Le service public postal est bel et bien passé à la trappe. Au 1er janvier 2011, pas de champagne, la date signe la libéralisation totale du secteur en Europe, tout est désormais livré au marché. Qu’en dit Luc Hindryckx, président du conseil de l’Institut belge des services postaux et des télécommunications (IBPT) ? Ceci : "On voit que la concurrence apporte une amélioration de la qualité du service. Nous espérons qu’elle se traduira aussi par une diminution tarifaire. Enfin, libéralisation est souvent synonyme de créativité dans les offres." Textuel. Venant d’un haut fonctionnaire, le langage est désolant. Et mensonger. En juin 2009, le syndicat postal mondial UNI Global Union (2,5 millions d’affiliés) a qualifié la libéralisation de véritable "catastrophe" (77.000 suppressions d’emploi en Allemagne et aux Pays-Bas) pour appeler à un moratoire immédiat pour bloquer la phase ultime de la directive européenne de libéralisation. En vain. Elle est entrée en vigueur le 1er janvier 2011 – en ouvrant la possibilité aux pays, pour financer le "service universel", de mettre fin au tarif unique du timbre sur tout le territoire, autrement dit de faire payer plus aux habitants de zones reculées. Le meilleur des mondes ?

Source : L’Humanité du 6 mars 2010 et du 30 décembre 2010, Solidaire du 17 septembre 2009, L’Echo du 8 janvier 2011, La Libre du 3 juin 2009.