L’Autriche, comme on sait, c’est loin. Des montagnes, des vestiges impériaux, de l’asphalte très clean. Mais le pays abrite, discrètement, le leader mondial des aciers spéciaux Böhler-Uddeholm (3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 14.300 travailleurs, dont 4.000 en Autriche). Il vient de faire l’objet d’une OPA et c’est intéressant. Pourquoi ? Parce que ce fleuron de la métallurgie autrichienne avait aiguisé les appétits du fonds spéculatifs britannique CVC (par ailleurs actionnaire de La Poste belge) et cela n’a pas laissé indifférente l’aile gauche du gouvernement autrichien. Laquelle, pour contrer cette forme de capitalisme sauvage, a imaginé de créer un fonds d’investissements public-privé national, doté d’un milliard d’euros (mise de départ), pour faire contrepoids, mettons, c’est-à-dire être à même de surenchérir sur les CVC & Co et, ainsi, garder les bijoux de famille dans leur giron. On peut exprimer cela autrement puisque, ce qui est en jeu, c’est la capacité pour un pays de mener sa propre politique industrielle, sans interférences spéculatives (les tiers-mondistes appellent cela le principe d’autodétermination des peuples). Ce projet de fonds anti-spéculatif, qui a également fait naître un débat sur l’éventuelle re-nationalisation de Böhler-Uddeholm (privatisée en 2003), a divisé le monde des entreprises un tantinet, certains, comme la Chambre économique ou la banque Raiffeisenbank l’appuyant. L’affaire s’est – temporairement – clôturée par l’OPA amicale, et réussie, lancée sur Böhler-Uddeholm par son compatriote Voestalpine, principal sidérurgiste du pays (chiffre d’affaires de 6,5 milliards d’euros et 22.660 travailleurs). Le conseil d’administration de Böhler-Uddeholm avait auparavant, il est vrai, rejeté l’offre de CVC, jugeant qu’elle n’était "pas dans les intérêts de l’entreprise". Ah bon !

Sources : Les Echos du 30 mars 2007 et The Economist du 31 mars 2007.