La machine à écrire est en train de disparaître. Son histoire, narrée par Darren Wershler-Henry ("The Iron Whim : A Fragmented History of Typewriting", Cornell, USA), ne manque pas d’être éclairante, cependant. L’invention (une des cinquante variantes, celle de Latham Sholes, Milwaukee) sera en effet commercialisée, aux Etats-Unis, par le fabricant d’armes Remington (cela reste, aujourd’hui, son créneau : fusils de chasse) qui, dans les années 1870, cherchait à se diversifier. La guerre de sécession venait de se terminer et la demande pour des engins à tuer connaissait un léger fléchissement. Alors, la machine à écrire, pourquoi non ? Le premier modèle, 1873, était fixé sur un socle de machine à coudre. Et rapportera gros à Remington. Il s’agissait, alors, d’un instrument qui ne servait qu’à recopier une matière noble produite avec une plume ou dictée oralement par un monsieur qui n’y touchait pas lui-même. Mark Twain sera un des premiers auteurs à remettre à son éditeur un "tapuscript" autoproduit. Il donnera naissance, ainsi, à la "classe sociale" des dactylos, les ouvrières de la frappe, raison pour laquelle, d’ailleurs, les premières machines à écrire étaient décorées de motifs floraux pour les rendre un tantinet féminines. Autour de 1910, en effet, 81% des dactylos étaient, aux Etats-Unis, des femmes. Ce n’était pas apprécié par tout le monde. Menace contre la famille. Emancipation funeste de la femme. Tam-tam réactionnaire. Etc. La "Remington" a été facteur important dans l’entrée massive des femmes sur le marché du travail et dans le développement du "féminisme". Et ce, comme cela en surface, à cause de la guerre de sécession et d’une chute dans les ventes de fusils... La R&D suit parfois des voies mystérieuses.

Source : The New Yorker, 9 avril 2007.