La privatisation de la distribution de l’eau en Tanzanie, à Dar es-Salaam – 3,5 millions d’habitants – sous les auspices de la Banque mondiale (la meilleure solution dans le meilleur des mondes, disait le prospectus, qui précisait : sans cela, pas de remise de dette) est en passe de devenir un cas d’école. Le contrat a été emporté en 2003 par un consortium emmené par la société britannique Biwater. Vingt-deux mois plus tard, le 13 mai 2005, le gouvernement tanzanien rompra unilatéralement le contrat. C’est que, entre-temps, la facture d’eau des Tanzaniens n’avait cessé de grimper sans que la distribution ne soit en rien améliorée. Le fonds social que Biwater devait alimenter pour étendre le réseau aux quartiers pauvres n’avait même pas été mis en place. Donc, goodbye Biwater. L’histoire ne s’arrête pas là. Car Biwater va saisir les tribunaux, en l’occurrence une instance d’arbitrage internationale ("filiale" de la Banque mondiale...) pour, à La Haye, obtenir, du gouvernement tanzanien, dédommagement : entre 20 et 25 millions de dollars, soit près de deux fois le total des factures d’eau payées par les habitants de Dar es-Salaam durant deux ans. (En passant, tendance : quelque 2.500 accords d’investissements bilatéraux ont été conclus ces dernières années, contre 385 en 1989 : sur les 255 litiges traités à La Haye, la plupart sont dirigées contre des pays pauvres du Sud). Les délibérations du tribunal – secrètes, à la demande de Biwater – ont commencé en avril 2007. Le verdict est évidemment attendu avec intérêt. La balance penchera-t-elle en faveur du pot de terre ou du pot de fer ? Ou, comme certaines ONG l’expriment : le tribunal se rangera-t-il, ou non, aux arguments des "sociétés globales qui foulent aux pieds les intérêts du monde en développement" ? Un cas d’école.

Source : Guardian Weekly du 31 août 2007.