Bien sûr, ce sont des données qu’il faut prendre avec des pincettes. Les résultats financiers du premier semestre 2007 n’intègrent pas les précipices qui menacent mondialement les bilans depuis le bouillon boursier de l’été, spéculation immobilière américaine aidant. Il n’empêche. Les résultats du fonds spéculatif (hedge fund) Highbridge Capital Management du banquier JP Morgan sont impressionnants. Il a levé, sur cette période, quelque 20 milliards de dollars chez des "investisseurs" avides de placements lucratifs. JP Morgan ? Le numéro un des hedge funds, avec un portefeuille de 52,6 milliards de dollars. Dans le domaine de la spéculation, nota bene, ce n’est pas un nouveau venu. On a péché ceci dans un vieil ouvrage : en septembre 1919, lorsque les grandes puissances cherchaient à toutes forces à étouffer la Révolution bolcheviste, elles s’appuyaient entre autres sur une bande d’irréguliers allemands issus de la "Division de Fer", placée sous le commandement d’un aventurier russe, le sous-lieutenant Bermondt, qui devait s’emparer de Riga. Pour cela, il fallait de l’argent. La banque JP Morgan, à Berlin, répondra présent. Elle octroiera un prêt de 300 millions de marks moyennant – JP Morgan ne perd pas le nord – un gage sur "toute propriété mobilière et immobilière" de la Russie... Une participation au pillage, si on veut. Sans aucune arrière pensée idéologique, naturellement : dans le monde de la spéculation financière, on ne connaît pas.

Sources : Financial Times du 21 septembre 2007 et "Les frontières européennes de l’URSS 1917-1941", publié sous la direction de Jean-Baptiste Duroselle, Cahiers de la Fondation des Sciences politiques, Armand Collin, 1957 (p. 47).