L’intervention des entreprises dans les sociétés du Tiers-monde exercée grâce à l’appui financier des Etats du Nord, via les organismes publics d’aide à l’exportation et l’investissement, est sans doute l’une des plus négligéee, et des plus occultes, dans le débat sur la Coopération internationale – et sur la régulation des entreprises. Ces aides grèvent fréquemment sur le budget de la Coopération, mais de manière masquée le plus souvent. Elles sont relativement colossales, mais échappent à la censure des assemblées élues. Et elles sont accordées aux entreprises – essentiellement par l’Office national du Ducroire, en Belgique –sur la base de critères (en 1er, celui du "risque" encouru : l’Etat du Sud, débiteur, est-il solvable ?) qui font peu, sinon pas de cas des standards internationaux, tels les conventions de l’Organisation internationale du Travail?. Comme précise David Sogge ("Les mirages de l’aide internationale – Quand le calcul l’emporte sur la solidarité, Enjeux Planète, 2003), ces organismes d’aide "occupent une zone grise de l’aide publique" et ciblent "tout ce qui est aujourd’hui appelé « marchés en émergence », où les profits peuvent être assez importants" : en effet, "le volume total des transactions pour les organismes de crédit à l’exportation et d’assurance des investissements s’élève à environ 100 milliards de dollars par année, éclipsant toute aide publique. Ils sont responsables de la plus grande part de la dette publique? des pays à faible revenu et évoluent à proximité des hautes sphères des grandes chaînes d’aide." En Belgique, ainsi, comparée au budget de la Coopération (800 millions d’euros), la couverture étatique accordée au secteur privé de l’exportation et de l’investissement est, en 2008, plus de 30 fois plus importante : 30 milliards d’euros. Eclipse totale, à peu de choses près. Ces dernières années, cependant, un nombre croissant d’associations se sont emparées du dossier, pour critiquer ces machines de "guerres commerciales" (Sogge), en particulier leur manque de transparence et leur mépris pour les standards sociaux, et revendiquer leur réforme en mettant sur pied une campagne internationale, voir www.eca-watch.org qui comporte un "chapitre" belge. Depuis 2005, en Belgique, diverses associations, dont IPIS, dont le Gresea, dont Greenpeace, interviennent dans ce champ, chacune avec ses orientations philosophiques, et notamment pour apporter un soutien critique aux parlementaires engagés dans cette forme de régulation des multinationales.